LES ENFANTS DE VALLABREGUES

Gilles Brancati

Situé dans un village agricole au cœur de la Provence, là où deux frères ont grandi ensemble au milieu des autres enfants et des adultes. Tout bascule le jour où Alice est retrouvée morte le long du Rhône le lendemain de la fête de la vannerie et que Sylvan est incarcéré pour meurtre.

Seize années se sont écoulées, Antoine se décide enfin à rendre visite à son frère hospitalisé. Revisiter le passé pour mieux le comprendre et, sans juger, déterminer les responsabilités. Entre choix et hasards des vies de chacun.

Entre inné et acquis, c'est un roman tout en ondulations. Ce roman nous parle de filiation, de générations, de transmission.

Prix

17.00 euros

(Port gratuit)

9.90 euros

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Infos

221 pages
130 X 200 mm
Littérature française
Roman
Époque: XXe siècle


FÉVRIER 2018
ISBN : 979-10-92613-57-3
Distribution Hachette

Auteur

Gilles Brancati

Éditeur

Ancien consultant en développement d'entreprises.

Résumé

Quand Antoine apprend que son frère Sylvan est dans le coma après une tentative de suicide, il décide d'aller à son chevet, une décision qu'il repousse depuis seize ans. Il revient alors avec ceux de l'époque sur leur passé commun.

Presse

Les enfants de Vallabrègues, Gilles BRANCATI, roman, éditions CHUM ; 2018

[211 p.] – 17 €

La reprise de titres de chapitres identiques place ce roman de Gilles Brancati dans une mécanique romanesque finement bien rodée, dans un processus du ressassement psychologique où une même double question obsessionnelle intervient tout au long de l’intrigue, à des intervalles progressifs rythmés par des analepses régulières. Car il est une problématique cruciale dans Les enfants de Vallabrègues, un axe double autour duquel tourne la tentative de résolution d’une énigme jouée au fil du récit dans des télescopages d’un passé et d’un présent nostalgique en quête d’une vérité mal élucidée depuis presque vingt ans, par le biais de personnages aussi nuancés que la vie est complexe : comment oublier le meurtre d’Alice, un jour d’été durant la fête annuelle de la vannerie au pays gardois en terre provençale, à Vallabrègues et ne s’est-on pas trompé de coupable ?

La tentative de suicide de Sylvan Sorgues, incarcéré depuis seize ans pour le meurtre d’Alice, déclenche ce récit où les interrogations foisonnent et se succèdent au travers des personnages, où un passé ressurgit encore lourd de ses zones obscures, non débarrassé de ses blessures mal refermées. À l’annonce de cette tentative de suicide, Antoine Sorgues, le frère de Sylvan, décide de revenir au pays natal, et c’est au cours de ce voyage qui constitue un retour aux sources que le lecteur se retrouve à son insu dans la peau d’un enquêteur tâchant de comprendre ce qu’il s’est véritablement passé à Vallabrègues. Le meurtre d’Alice semble avoir arrêté le cours de l’histoire au mas des Oliviers comme au mas des Augustins, avoir interrompu le souffle de vie qui parcourait le village et que respiraient allègrement ses habitants, légendes vivantes ou quidams d’un lieu pittoresque, séculaire, soudé par les liens générationnels.

Emporté dans la spirale du récit, le lecteur s’interroge : est-ce bien Sylvan Sorgues qui a assassiné sa prétendue fiancée Alice, par dépit amoureux ? L’absence d’amour filial, carence affective fondamentale puisque l’on sait qu’à ce moment-là se construit une personnalité, peut certes constituer un argument évident à l’encontre de l’accusé reconnu coupable. Mais la vérité est-elle bien celle de la Justice ? La vérité est-elle aussi claire que de l’eau de roche et n’y a-t-il pas anguille sous roche ? Sylvan Sorgues n’était-il pas "le coupable idéal", n’a-t-il pas servi de bouc-émissaire, n’est-il pas la proie d’une société où « tout est joué d’avance », une proie toute trouvée pour pouvoir expliquer l’incompréhensible ? Quel est véritablement le coupable ?

Dans ce roman, prêtons attention aux propos de l’auteur ("omniscient"), qui peuvent, l’air de rien, ressembler à des indices dans les éléments d’information et les assertions qu’ils véhiculent…

Dès le premier chapitre, l’auteur Gilles Brancati écrit, par le truchement d’un personnage témoin de la tentative de suicide et qui se révélera être le personnage-clé pour comprendre la vérité (seul acteur à avoir entrevu "le mystère Sylvan Sorgues" dont il parle ainsi ? ) : « (…) tu m’as expliqué que tout était joué d’avance, que la société elle était organisée pour pousser les pions, comme aux dames, et que les pions c’est nous (…) Les brebis, elles sont pas égarées, au contraire elles sont parquées, et le berger c’est un enfoiré qui en profite (…) »…

La force de ce roman réside dans ces clins d’œil lancés tout au long du récit par tel ou tel personnage, par l’auteur donc qui les anime. Le suspens et le mystère sont si habilement préservés au plus loin dans le déroulement de l’intrigue, que l’on en remercie l’auteur d’avoir si prodigieusement composé cette symphonie provençale…

… une symphonie provençale jouant la partition d’un drame psychologique aux parties savamment orchestrées, aux ressorts finement indiqués.

Un roman "juste" (sur le plan humain et dans la tenue du "vraisemblable"), modulé sur le nuancier des émotions et une tonalité à la fois sobre et profonde. Un roman réussi, qui touche le cœur du lecteur dans le mille.

 © Murielle COMPÈRE-DEMARCY (MCDem.)

 

Commentaires   

0 #6 Murielle Compère 17-05-2018 13:12
Publié dans la revue TEXTURE le 16 mai 2018
[http://revue-texture.fr/les-notes-de-lecture-de-mcdem.html#brancati]

Comme dans le cheminement d’une enquête, des éléments d’information apparaissent sporadiquement tout au long de l’histoire sur « Les enfants de Vallabrègues », alimentant le suspens, tenant le lecteur en haleine. Reprenons les paroles de l’un des deux frères protagonistes, Antoine Sorgues, féru de lectures comme d’autres personnages du livre : à propos du contrat implicite entre auteur et lecteur, Antoine affirme que « si (l’auteur) savait que nous ferions un bout de chemin ensemble, il ne saura pas comment j’ai (en tant que lecteur) vécu ma promenade au fil de ses mots ». Profitons ici de livrer notre ressenti sur cette promenade captivante, enrichissante, agréablement menée du début à la fin, que constitue de roman de Gilles Brancati…
Le suspens des situations enchaîne les faits avec un aller et retour entre présent et passé des personnages, l’auteur nous distillant peu à peu des éléments de l’enquête qui accroissent l’attention et l’intérêt du lecteur.
Au deuxième chapitre, le même personnage Antoine Sorgues affirme : « (Les livres) nous obligent à porter notre regard sur une ligne d’horizon qui a l’avantage d’avancer au fur et à mesure de notre progression ». Ainsi se déroule le roman dans son récit linéaire, de veine à la fois psychologique et policière, entraînant le lecteur dans la spirale d’une quête de vérité exécutée sur un rythme soutenu pour mener à terme une enquête entrecoupée de flashback, d’action, de souvenances, de propos sur la vie-quête empreinte d’humanité et d’une finesse bienveillante à l’égard des personnages, ces archétypes miroirs de nos propres expériences.
Une certaine philosophie de la vie pointe dans certaines pages, par le biais de personnages touchants, du moins attachants. Ainsi ce regard de lucidité noire de l’anti-héros Sylvan Sorgues, condamné à vingt-cinq années de réclusion pour le meurtre d’Alice, ne manque pas de toucher le lecteur par la clairvoyance désespérée de son regard sur la société. On sent le regard complice d’un auteur comme bienveillant à l’égard de certains de ses personnages et l’empathie du lecteur s’ensuit, voire s’en trouve renforcée. Cet air de complicité qui souffle sur le livre, par la médiation de l’auteur et du lecteur, se double d’une respiration ensoleillée qui traverse certains passages déroulés dans la lumière colorée de la Provence, ce qui n’est pas pour déplaire au lecteur prêt d’entamer un voyage, aussi dramatiques que puissent en être les tenants et les aboutissants.
Les télescopages du présent et du passé emportent le récit dans ses effluves de souvenirs cimentés par une communauté d’hommes et de femmes partageant la même terre, les personnages y gagnant la consistance solide d’un mas provençal. Nous ne sommes pas dans un roman de Pagnol mais nous retrouvons avec « Les enfants de Vallabrègues » cette prégnance atmosphérique des paysages imprégnés de la présence séculaire d’hommes et de femmes « du pays » - hommes et femmes façonnés par le pays qu’ils ont eux-mêmes façonné, des paysans à la rusticité, l’âpreté des pierres et qui peuvent défendre comme des loups leurs petits et leur terre…
Nous suivons, en marchant sur les traces des enfants de Vallabrègues, le fil des « générations de maraîchers, d’artisans ou de maréchaux ferrants » ; croisons de ces personnalités qui colorent un "pays" : la Provence, telle cette Angèle Roumanille surnommée « mère Grenier » et dont le mas des Oliviers n’imaginerait pas se passer : « Comment imaginer le mas des Oliviers sans Angèle, pilier d’une bâtisse que chaque génération avait équipé des modernités de son époque, de l’électricité, du téléphone, de l’eau courante, de l’automobile, du chauffage central, des congélateurs et des outils mécaniques pour le travail des cultures ? » Des figures autochtones ou revenantes hantent les lieux (le mas des Oliviers et le mas des Augustins), entourées de « fantômes » solides comme les « murets des bancaous » et de plus jeunes générations, tentant de comprendre une vingtaine d’années après les faits, ce qui a fait basculer leur réalité dans l’indicible avec le meurtre d’Alice et l’inculpation puis l’incarcération de l’un des deux frères Sorgues, Sylvan ...
Et si les blessures dévastatrices de l’enfance malmenée par les carences affectives, ouvertes par les brèches fondamentales lorsqu’elles touchent aux rapports de la filiation, révélaient plus de quinze années plus tard une vérité que personne jusque-là n’avait soupçonnée, une vérité que personne n’aurait pu imaginer ?
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0 #5 Hougard Rose 25-09-2017 13:24
Nous avons, mon mari et moi, lu et beaucoup apprécié votre livre LES ENFANTS DE VALLABREGUES. Nous l'avons trouvé sensible et profond par la complexité des personnages et de leurs rapports, les thèmes abordés par la composition même du roman qui alterne époques et points de vues, par le style ample et varié. Et puis nous y avons retrouvé des traces d'Avignon et de sa région.
J'ai pour ma part beaucoup aimé ce que vous dîtes à propos des livres, particulièrement des romans. Ils sont aussi essentiels pour moi. Ils explorent et concentrent l'être, l'époque et le monde. Ils creusent, c'est leur rôle. Merci donc pour ce cadeau.
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0 #4 Histrimont Noelle 18-01-2016 10:34
J'ai fini depuis longtemps ton les enfants de Vallabrègues. Le meilleur de tes livres : tu te bonifies vraiment, ton style s'est étoffé. J'ai vraiment aimé ce roman, mais me suis beaucoup interrogée sur l'inspiration qui t'avait permis de créer ces personnages. Quelle horrible mère... et comment évoquer cette relation fraternelle sans penser à toi, ton histoire familiale. Difficile d'écrire, de créer, sans mettre un peu de soi ?
Excellent sujet, que celui de la communication et de la transmission générationnelle, sujet qui me parle bien évidemment.
C'est un livre que je vais relire, et faire lire.
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0 #3 Line 15-12-2014 13:58
je te fais part de mon avis en rapport avec ton dernier livre; Le thème est intéressant, la simplicité de l'écriture m''a interpellée, il y a pour moi juste quelques petits passages qui me paraissent un peu longs, mais pas trop sois rassuré. J'avoue que ton style diffère du mien, je ne peux dire autrement,mais au final, le livre m''a beaucoup plu. Je souhaiterais avoir ta facilité pour développer le ressenti de mes idées et sentiments dans une écriture simple et concrète telle que la tienne. Je ne suis pas écrivain, mais on peut rêver! En définitive, cette histoire a fait ressurgir des espoirs et des sentiments que chacun garde au fond de lui ou d''elle. Merci à toi de nous redonner le sentiment d''exister. Amitié, LINE
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0 #2 Corentin Corre 02-12-2014 11:05
J’ai eu le plaisir de lire lu les enfants de Vallabrègues d’une traite, sans interruptions, un vrai plaisir. C’est un très beau livre qui traite de la destinée et du libre arbitre. L’histoire est fantastiquement bien écrite par un auteur qui on le sent aime les livres et la littérature. Le récit foisonne d’anecdotes sur le monde littéraire L’histoire, son drame, se déroulent dans un petit village du sud de la France, il y a longtemps, alors qu’internet et la surinformation n’existaient pas. Tout passait par les livres. C’est surtout cela que j’ai retenu de ce roman, comment ces deux frères qu’un drame a séparés ont gardé chacun de leur côté cet amour des mots écrits. Par-delà les questions sur les choix individuels qu’il provoque, ce roman est aussi une belle histoire d’amour fraternelle entre deux frères que l’auteur a réussi à décrire pudiquement et avec talent.
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0 #1 René 09-11-2014 03:45
En lisant le simple mot de "maman" à la dernière page de ce roman sur les vies perdues, deux larmes que je n''attendais pas ont brouillé ma vue.
Dès les premières pages, le piètre lecteur que je suis s'est laissé prendre : style qui coule, facile d'apparence, mais tissé de mots justes; une construction habile attise subtilement le suspens jusqu''au bout.
J'aime l''histoire et les réflexions profondes sur la vie que ces tragédies, ces drames suscitent.
J'aime l'atmosphère, la manière de dire la pluie à Paris, le soleil en Provence, et de donner vie au menu peuple d'en bas, d'où je viens, avec ces failles atroces qui parlent en creux des beautés telles que l''adoption d''un enfant abandonné comme allant de soi, telles que le souvenir "d'un petit sourire en coin", ou encore celui d'un "doigt de farigoule" servi en guise de pousse-café.
Ai-je le droit ? - mais je le prends - de conclure en écrivant qu''à la fois le sujet et la manière de ce roman me disent l''humanité de l''auteur, sa grande sensibilité, son humilité et son intelligence. Ce sont là aussi, selon moi, des qualités de ce roman
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