Il faut écrire pour apprendre à écrire, mais un livre c'est avant tout une bonne histoire bien racontée.    

Vidéos d'Alain Absire :

1 - Ecrivains débutants
2 - Apprendre à écrire
3 - Conseils

 

Sylvie Ducas dirige un master Métiers du livre à université Paris-Ouest Nanterre.

Extraits d'un entretien accordé à www.plume-escampette.com

 PluMe : Que pensez-vous de l’autoédition ?

Sylvie Ducas : Je n’en pense pas du bien. En sciences humaines, prenez l’exemple de l’Harmattan : c’est du compte d’auteur déguisé, je trouve cela honteux. C’est l’auteur qui fait lui-même tout le travail éditorial et qui est, en plus, obligé d’acheter un certain nombre d’exemplaires qui amortissent le peu d’investissement de celui qui se dit éditeur, à savoir le prix du papier et de la mise sous presse. Donc l’autoédition, je n’ai jamais été convaincue. A quoi cela rime-t-il de ne pas vraiment avoir le regard d’autrui sur son œuvre ? Il est très important qu’il y ait de l’intermédiation. On croit souvent que par le numérique, il n’y a plus d’intermédiation : c’est faux. Elle se reconstitue sous d’autres formes. On a toujours besoin d’intermédiaires, de lecteurs… L’auto-publication, cela signifie que je veux absolument publier par delà des avis et des refus que j’ai eus ailleurs. Moi si j’étais auteur, je tenterais plutôt de m’alimenter du refus, car je me serais trompé de maison. Si je n’ai en retour qu’une lettre-type, ceci signifie qu’on ne m’a même pas lu. Dans les grosses maisons, ce sont les stagiaires ou les secrétaires qui font le tri. Interroger le refus, persister, persévérer sont essentiels : chaque éditeur est unique, il faut bien choisir. Aller aussi vers des éditeurs dont on aime bien le catalogue et les auteurs, aussi. Et ne pas hésiter à retravailler un manuscrit, même plusieurs années durant. Je pense que les écrivains ne le disent pas, mais à 80% ils ont réécrit. Ils n’ont pas publié ce qu’ils ont donné quand on les a convoqué la première fois. Voici donc ce que je dirais à un jeune auteur qui pense directement à l’autoédition.

PluMe : Qu’est-ce qui, selon vous, définit un bon écrivain ?

Sylvie Ducas : Comme je vous le disais, sa vision. J’aime la distinction que fait Barthes entre les écrivants et les écrivains. L’écrivant communique via le livre et ne l’utilise que comme un outil de communication. Des gens par exemple qui écrivent leur vie, leurs mémoires, comme des sportifs ou des gens du showbusiness. L’écrivain se pose la question du comment écrire. Il ne se demande pas s’il va raconter sa vie, ceci ou cela. Il se pose la question de la boîte à outils et qui se dit qu’après des monuments comme Faulkner, Joyce ou Proust, il a encore envie d’écrire sur tel ou tel thème et ce n’est plus le contenu qui va compter pour lui, mais la manière de l’écrire. On peut continuer à écrire sur l’amour ou sur ce que l’on veut jusqu’à la fin des temps ! La littérature aura toujours de beaux jours devant elle ! L’écrivain est celui qui se pose la question du comment écrire, mais aussi des autres écrivains : comment se place-t-il par rapport à eux ? Il a conscience de ce que les autres font, ne serait-ce que pour mesurer sa singularité. Un bon écrivain n’attend pas de gagner sa vie avec cette activité, comme un artiste : il fait son œuvre, il creuse son sillon, et rien d’autre. Dans le respect de son lecteur. Car je ne crois pas une seconde qu’un écrivain écrive sans espérer être lu. Ce lecteur pouvant prendre des formes très diverses, plus ou moins imaginaires. Le bon écrivain est celui qui est honnête. Qui sait à quelle altitude il est et qui continue honnêtement son travail. Sans se prendre pour ce qu’il n’est pas. S’il écrit en plus très bien, s’il a trouvé le bon outil dans sa boîte à outils, un truc qu’on n’avait jamais vu avant lui, il peut même être un très bon écrivain. Ecrire très bien ne signifie pas écrire dans la langue de Malherbe. C’est avoir trouvé une façon d’écrire. Il peut y mettre de l’argot, des gros mots… Mais surtout, le très bon écrivain a réussi à traduire sa vision. En se demandant comment il fait, comme un peintre devant sa toile. Il a une démarche d’artiste. Et cette démarche, je pense que tout le monde ne l’a pas. Tout le monde ne peut pas être un bon écrivain…